vendredi 7 juin 2013

INVIGNEZ-VOUS ! avec Jacques Dupont

On ne présente plus Jacques Dupont, LE Monsieur Vin du magazine LE POINT.

Jacques Dupont aime à prendre le temps. Le temps de bien faire les choses. Ainsi passe t’il 5 semaines complètes à Bordeaux pour déguster et sélectionner ses coups de cœur au moment des Primeurs.
Pendant ce temps, la plupart des autres critiques restent 1 à 2 semaines. Le temps de noter les crus classés… Et de ne pas trouver le temps d’ouvrir l’horizon. De découvrir tous ces vins magnifiques, moins connus, mais tellement bien faits, tellement bons. Des rapports Qualité/Prix exceptionnels. Exactement les vins que recherchent les consommateurs, ceux-là même qui liront leurs compte-rendus de dégustation… Mais goûter les crus classés est tellement plus facile… 

 
 
Jacques Dupont prend son temps. Le temps de déguster, de sélectionner. Mais aussi le temps de penser, de mener enquête et d’écrire. Après 6 mois de travail et d’enquête, il nous livre un pamphlet contre la loi Evin :   INVIGNEZ-VOUS !
 
 
La loi Evin a plus de 20 ans et cela fait longtemps que Jacques Dupont pense qu’elle est inadaptée et ne peut conduire qu’à l’échec. Il s’indigne contre cette loi et ceux qui l’on générée. Contre les médecins moralistes, qui savent, et veulent penser à notre place, pour notre bien. Contre les politiques qui n’osent pas prendre leurs responsabilités. Contre une société frileuse et sans ambition qui se cache derrière le «principe de précaution». Contre le choix de la communication, de la répression et de la facilité, plutôt que celui de la pédagogie, de l’apprentissage et de la transmission. 


Petit ouvrage (par la taille) de 130 pages, bien documenté et très bien écrit, qui se lit d'une traite et avec jubilation, cet essai aborde les angles historiques, idéologiques et politiques qui ont enfanté la loi Evin. Jacques Dupont propose une autre approche du problème de l’alcoolisme sur un plan social et pédagogique, où le vin retrouve la place qui lui revient dans notre société. 


Alors, comme Jacques Dupont, comme l’association Vin et Société, défendez notre culture et notre patrimoine. Invignez-vous !
 

 
Je ne résiste pas à la tentation de citer quelques extraits de l’ouvrage :
(Le texte en italique a été rajouté pour faciliter la lecture) 

"La plus ahurissante des spécialités française consiste en cette intense capacité à flinguer sans sommation tout ce qui serait susceptible de figurer un semblant de fierté hexagonale.
Le pire du pire fut atteint avec la loi Evin, adoptée en 1991 et toujours en vigueur, qui fait du vin une sorte de drogue licite. Avec elle, nous sommes entrés dans une phase prohibitionniste à peine voilée.
Le vin de France, un domaine qui faisait l’unanimité, dont personne ne contestait la supériorité sur tous les autres dans tous les pays, fait figure de proscrit chez lui.
La loi Evin, figure le comble de ce que nous sommes capables de produire pour nous punir, nous entraver. Même si beaucoup en conviennent, personne dans le monde politique n’ose prendre l’initiative de la mettre au rancart ou de la réformer.  
 
Association Nationale contre l’Abus des Boissons Alcooliques, puis Société Française de Tempérance, Ligue Nationale contre l’Alcoolisme…, pour devenir l’ANPAA, Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (…) toutes mettent en garde la société contre le risque d’alcoolisation des pauvres. (…) L’ouvrier alcoolique devient fainéant, boit sa paye, bat sa femme, engendre des enfants débiles qui ne feront pas de bons soldats et… descend dans la rue. 
   
Avec l’ANPAA, toutes les enquêtes sont toujours réalisées à charge. Il s’agit de cogner à coups d’arguments massue (…), avancer masqué vers le but final, la prohibition, sans jamais l’avouer ou à mots couverts… 
 
Personne ne le nie : l’abus d’alcool nuit gravement à la santé. L’abus de beurre aussi, de sucre, de télévision, de téléphone portable, l’abus de Dieu même nuisent aussi à la santé. (…) L’abus de morale me semble particulièrement dangereux pour la démocratie. 
 
La loi Evin est un échec car elle n’est que répressive et ne délivre aucun message d’empathie, de prise en charge, de main tendue.
La loi Evin est un échec car elle a été conçue, écrite et appliquée par des gens qui nient la réalité dans sa diversité et appliquent des schémas mathématiques sur des problèmes de société à forte dimension historique. Confondre le vin dans nos civilisation avec la molécule d’alcool, ne pas voir dans sa consommation sa dimension culturelle, verbaliser la transmission, traiter en coupables ceux qui essaient d’informer, les comparer à des dealers de drogue, voilà au moins trois causes sérieuses de cet échec. Le reste, la négation de l’effet bénéfique sur la santé ou simplement la convivialité, la parole, le partage que la consommation du vin implique, découle de cette vision sectaire. 
 
Ce que propose le parti hygiéniste représenté par les activistes de l’ANPAA et qui semble jusqu’à présent avoir l’assentiment des pouvoirs publics – taxation supplémentaire, diabolisation, verrou sur l’éducation du goût, mise en avant des risques, minoration des bienfaits etc. – nous mènera sans doute à une baisse supplémentaire de la consommation en France. Le vin demeurera un produit d’exportation intéressant pour notre commerce extérieur.
A l’intérieur, il va tendre de plus en plus à devenir un produit de luxe réservé aux élites, aux familles qui possèderont les moyens déjà de l’acheter, de le conserver et de le consommer, d’en faire un patrimoine et de transmettre bouteilles et connaissances. Pour les autres, il restera les alcools industriels et bon marché avec, à la clef, des problèmes d’alcoolisation et d’alcoolisme de plus en plus récurrents."     
© Editions Grasset

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